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Pendant la guerre, le tissu était rare et cher. On réutilisait le plus souvent possible les tissus d'avant guerre en transformant les vieux vêtements. Inévitablement, l'usure aidant, la quantité de tissu disponible diminuait dans toutes les familles. C'est du moins ainsi que j'interprête la longueur des jupes à cette époque.

Chez moi, on fabriquait de la laine quand c'était possible, et il y avait ce qu'il fallait pour la carder et la filer. Le plus souvent cependant, on "détricotait" des pulls et des bas. La laine ainsi récupérée était placée sur une sorte de tourniquet qui permettait de faire les boules de laines avec lesquelles nos grand mères nous confectionnaient pulls et chaussettes.

Le nylon n'existait pas et finalement après moult remaillages, il fallait jeter les bas de soie. Pour donner l'impression qu'elles avaient des bas, les belles se traçaient un trait du talon à la fesse. Ce trait représentait la couture de bas virtuels. Pour avoir des jambes bien bronzées, elles les badigeonnaient avec du permanganate de potassium dissous dans de l'eau de rose ou du jus de chicorée. Toutes les femmes avaient, caché dans le fond d'une armoire, cette paire de bas qu'elles réservait pour les grandes occasions.

A cette époque, on "remaillait" les bas. Il y avait un magasin de remaillage au coin, en bas de la rue des capucins, en face de chez Deruette, et en dessous de chez Lejeune (vendeur et réparateur de machines à coudre). Le remailleur travaillait pour firme FF (le premier F était écrit à l'envers).

Les femmes n'avaient plus de bas à la fin de la guerre. Mais, et c'est ce qui me surprit toujours, non seulement elle se traçaient des lignes, mais elles portaient gaines et jartellles.

Les gaines étaient de véritables harnachements. Elles avaient une belles couleur saumon. Il n'y avait pas de saumon pendant la guerre. Après la guere, nous avons découvert que le saumon avait la même couleur que les gaines.

Pour ne pas quitter le monde piscicole, il faut parler des baleines. A cette époque, on rencontrait peu de baleines dans les rues. Il n'y avait pas beaucoup à manger et les femmes restaient maigres et sveltes. Mais pour paraître plus sveltes encore, elles portaient des gaines avec baleines. Les baleines étaient des plaques de métal flexibles qu'elles introduisaient dans la gaine (il y avait des coutures à cet effet).

Les gaines étaient lavée réguliérement. A cette époque, laver voulait dire boulliir avec des savons comme "Hanco" et "Persil".

Avant de laver une gaine, il fallait en retirer tous les éléments métalliques et donc les baleines. Les gosses jouaient avec ces "trucs-là". Le problème des mères étaient de les retrouver.

Les gaines avaient deux fonction, la fonction principale était le moulage d'une "taille de guêpe" et la seconde était porter les jartelles qui servaient à soutenir les bas. Le manque de nourriture faisait qu'il ny avait pas de bourrellets de graisse au dessus de la gaine pour la maintenir en place: donc la gaine remontait!

Heureusement, "Rosy", une marque célèbre à l'époque avait mis sur le marché une gaine qui ne remonte pas. Les jarretelles n'étaient pas très solide, mais je sais qu'on pouvait les réparer avec une pièce de 5 centimes. Un pièce avec un trou au centre.

Si j'allais inspecter les dessous des jupes de mes tantes pour voir si elles portaient des culottes, je ne suis que peu documenté sur la couleur et la forme des soutien gorge.

Les culottes étaient roses ou bleues, en tissus soyeux. Je n'ai jamais su si on les lavait. On ne m'appelait en tout les cas pas pour venir voir ces choses.

Les femmes portaient aussi des chapeaux, parfois aussi horribles que ceux que porte la reine d'Angleterre et Camillias... Ce n'est pas peu dire !

Les hommes devaient être soigneux, parce qu'il était impossible de leur faire porter des pantalons de plus en plus courts. D'un autre côté, il était difficile de réparer les fonds de pantalon: mais cela se faisait! Pour conserver ses vêtements, mon père portait une blouse gris anthracite, parfois un bleu de travail. A Arlon on disait un "tablier" ou "un cache poussière" pour homme. Il existait aussi des tabliers de femmes. Ils étaient noir et brillant. On les lavait à l'eau de pluie...

Après la guerre, on aurait pu croire que les gens allaient rattrapper le tissu perdu et bien non!

Après la guerre, les vêtements sont restés court et parfois même sont devenus plus courts encore. On fabriquait un bikini avec un confetti retréci au lavage comme disait je ne sais quel chansonnier.

Je ne sais pas pourquoi ce dimanche-là ma grand mère m'amena à la grand messe à l'Eglise Saint Martin. Le chanoîne Heck fit le sermon. Je n'en ai retenu qu'une phrase "Les nègres s'habillent et les blancs se déshabillent." Je me demande si c'était du racisme ou une invitation au partage....

De toutes façon je n'aimais pas Heck...




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