Ma famille était une famille de bons
chétiens et je connais donc une partie de la "chose
religieuse" à Arlon.
Les "véritables arlonnais", c'est à dire
les gens du cru et pas les "Wallons et Famands" que
nous envoyait Bruxelles avaient une seule paroisse, c'était
Saint Donat. A la tête de cette paroisse il y eut jusqu'en
1944 des doyens. J'ai connu le doyen Knepper et le doyen Origer.
Le doyen Origer et l'un de ses vicaires ont été
assassinés par les nazis (les petits copains de Monsieur
Ratzinger). Après cela "L'Eglise" a transferé
le décannat à Saint Martin, c'est à dire
à l'étranger". A cette époque l'évêque
était Mongseigneur Charue (André Marie pour les
intimes). C'était sûrement un saint homme, mais
nous ne l'aimions ni lui, ni ses belles manières.
Le doyen fut remplacé (après le bref interrim du
Chanoine Poncelet) par un curé. Je n'ai connu que le curé
Schmitz et ses vicaires (Müller, Hammes, Lorge, Weyhland...).
On ne disait pas curé, mais "Paschtouer" le
curé Schmitz était donc "den Paschtouer"
an hie war e gud Paschtouer. Les vicaires étaient des
vicaires, en français comme en areler. Le seul prêtre
de Saint Martin qui était admis parmi les "vrais
Arlonnais", était l'abbé Mathen, considéré
comme un saint homme par tous les gosses (je pense qu'il est
monté en grade depuis).
Il y avait une "Fabrique d'Eglise", dont mon père
était trésorier. Lors des réunions du conseil,
nous organisions de célèbres agapes dans notre
maison. Lorsque mon père rentrait, la maison était
en ordre et nous dormions paisiblement.
Il y avait aussi une Chorale, dirigée par Raymond Reuter.
Les "chantres" était tous des copains de mon
père. Il allait donc à toutes les réunions.
Il chantait faux, mais il se taisait pour le bonheur de tous.
J'ai été "croisé" et "enfant
de cheur". Il y avait la haut sur la Knipchen une atmosphère
chaude que créaient les vicaires, notamment l'abbé
Hammes. C'était un milieu qui nous fit découvrir
des choses qui n'ont pas beaucoup changé depuis. Il y
avait l'orphelinat à côté de l'Eglise. Nous
jouions avec les orphelins. Ainsi nous les intégrions
de manière naturelle dans la communauté. Nous ne
savions pas que l'abbé Hammes intervenait (inutilement)
dans la vie communale pour qu'elle paye des études aux
orphelins plutöt que des les envoyer comme "garçons
de ferme" dans les villages voisins.Paul Reuter était
bourgmestre alors, vous savez celui pour qui on a érigé
un buste et fait une rue.
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A cette époque, les gens
se connaissaient et formaient une sorte de communauté.
Je parle bien entendu des "vrais arlonnais". Parmi
les vrais Arlonnais, il y avait les catholiques pratiquants et
les autres. Madame Antoinette et madame Lejeune, des amies de
mes parents, faisaient partie des autres. Ceux qui ne pratiquaient
pas faisaient partie de la communauté au même titre
que les autres. Le "Paschtouer" et les vicaires ne
faisaient pas de différence.
Les enfants de choeur étaient intégrés dans
la vie de tous les jours. Dans cette vie, il y avait le baptême,
la communion, le mariage, l'extrême onction et la mort.
Un matin après la messe, ll faisait encore noir, le curé
Schmitz revêtit une chape mauve et sa barette noire, je
gardai mes vêtements d'enfant de choeur. Le curé
me donna une petite lampe portable avec sonnette (elle doit encore
exister). Nous allions donner les derniers sacrement à
madame Sibenaler qui allait mourir. Nous avons descendus les
escaliers pour nous diriger vers le bas de la rue des Capucins
un peu plus haut que chez Simonis, le boulanger, et un peu plus
bas que chez Walravens, l'imprimeur. Les gens que nous rencontrions
s'arrêtaient et se signaient, le curé priait. Parfois
les gens demandaient "fir wien ass et haute". Puisque
Madame Sibenaler allait mourir, la famille avait déjà
placé son lit dans le salon près de la porte d'entrée
de la maison. Elle se confessa puis parla calmement, en areler,
avec le curé. Ensuite, il lui fit les onctions avec les
saintes huiles et lui donna la communion. J'étais à
genoux, au pieds du lit, ému. Je vis que madame Sibenaler
avait les pieds très gonflés. Ce que je vis surtout,
c'est la sérénité avec laquelle elle attendait
la mort.
Quelque jours plus tard, je servais la messe d'enterrement et
je marchais devant le corbillard jusqu'au cimetière. J'étais
assez marqué par l'évènement mais je pense
qu'il m'a appris à mieux vivre la mort.
En voyant le curé ainsi vêtu descendre en ville
et aller chez Sibenaler, toute la communauté savait ce
qui allait se passer. Les gens sont allé ensuite chez
Sibenaler pour parler avec la mourante et avec sa famille. Bien
sûr ils sont allés à l'enterrement. Il y
avait toujours beaucoup de monde aux enterrements.
Il y avait bien entendu le faire part imprimé chez Walravens.
Maintenant, souvent, il n'y a plus que des faire parts...
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