je suis allé à l'école des frères à Arlon
J'aimais beaucoup l'école des frères et je dédie cette page à nos instituteurs.

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L'école de Fréres Maristes (ISMA) se trouve dans le bas de la rue des Faubourgs, à droite, à partir du coin de la rue Nicolas Berger. Elle était constituées de plusieurs bâtiment.

Gosses nous nous y rendions en descendant la rue des morts (connue aussi sous le nom de rue Nicolas Berger). On descendait en glissant sur nos cartables quand il y avait du verglas. La plupart des parents n'avaient pas de voitures et ceux qui en avaient n'avait pas d'essence. Tous nous allions donc à l'école à pied et en groupe de copains. Je descendais avec Yvan Claude et Michel Deviller.

Au bas de la rue des morts, à droite, une épaisse porte coulissante donnait accès à la cour de récréation des primaires. A droite de la cour il y avait le bâtiment qui comportait les classes, en face, il y avait un préau qui nous abritait les jours de pluie ou de neige.

En hiver, quand il gelait, nous faisions des "glissoires" en face de l'entrée de chaque classe. C'était assez casse-gueule !

Mes parents me mirent à cette école en septembre 1943, donc en pleine guerre. La matin nous arrivions à huit heures. Les instituteurs étaient déjà en classe. Ils préparaient leur cours. Ils préparaient aussi l'encre, mélangeant la poudre à l'eau et la versaient dans les encriers en porcelaine blanche (nous écrivions avec des plumes "Ballons"). Ils vidaient le poêle puis le rechargeaient avant de l'allumer.

Ceux qui venaient de loin et qui amenaient des bidons remplis de café au lait, les plaçaient sur un chariot qu'un frère amenait à la cuisine pour pouvoir les chauffer pour le repas de midi. Nous restions dans la cour de récréation surveillés par un vieux frère, le frère Louis, je crois. Celui-ci veillait à ce que nous ayons tous mangé avant d'entrer en classe. C'était la guerre, et tous n'avaient pas à manger à la maison, le vieux frère venait avec des tartines qu'il savait à qui donner.
Au fond de chaque classe, il y avait un poêle cylindrique en fonte noire. Le matin, l'instituteur préparait le poêle et nous avions bien chaud.

Les hivers étaient très froids à Arlon. Il allumait le feu lui-même et rechargeait le poêle dans la journée quand c'était nécéssaire. Le papier, le bois et le charbon se trouvait au fond de la classe, derrière le poêle. Un frère devait les amener soit la veille, soit le matin.

Durant les années quarantes il y avait de la neige puis de la glace pendant plusieurs semaines chaque hiver. Au fond, à gauche du feu, dormaient les flamands et à droite les wallons. Les arlonnais se trouvaient devant. Les flamands n'étaient pas motivés. Ils allaient à l'école parce que l'instruction est obligatoire. Revenus en Flandre, ils travailleraient à la ferme avec le grand père. Leurs pères constituaient le contingent des sergents chargés de dresser les recrues dans les casernes de la ville. Les wallons étaient les fils des fermiers wallons en périphérie de l'Arelerland. Ils se levaient tôt pour venir à Arlon en bus, en train ou en tram et se reposaient à l'école. Je pense qu'on les faisait bosser à la ferme avant et après l'école. Les arlonnais étaient frais parce qu'ils n'avaient qu'un petit trajet à effectuer et qu'on leur foutait la paix à la maison.

Pleins de bonne volonté, les instituteurs tentaient de réveiller d'abord puis d'intéresser ensuite les gens du fond, mais ils abandonnaient très vite. Monsieur Claude disait qu'il ne fallait pas faire trop de bruit en classe pour ne pa réveiller les sénateurs du fond.

A midi et à quatre heure et demi, nous formions des rangs. Chaque rang était surveillé par un instituteurs et nous ramenait en ville près de nos maisons. Les instituteurs de cette époque étaient très dévoués et aimaient leur métier. Le soir, ils corrigeaient nos devoirs. Ils méritaient les vacances qu'ils avaient. N'oublions pas qu'à cette époque nous allions en classe toute la journée du samedi !

 

Nous remontions en ville en rang de deux, marchant sur le troittoir de gauche en montant la rue des Faubourgs. Tout le long du chemin, certains quittaient les rangs pour rentrer chez eux. Je quittais au croisement de la rue des Faubourg et de la rue de Diekirch. Le rang se disloquait au niveau de l'Hôtel de Nord (c'était le repère des édiles Nazis).

Du temps de l'occupation, il y avait beaucoup de soldats allemands dans les casernes de la ville. Certains descendaient la rue des Faubourg à midi pour aller bouffer dans la salle Cameo. Ils avançaient quatre par quatre, au pas et en chantant "aille hi aille ho..."

Normalement nous aurions eu peur, les allemands n'étaient pas en Belgique pour nous cajoler. Mais nous n'avions pas peur, nous avions l'impression d'être protégé par notre instituteur. Notre rang était "protégé" par Monsieur Simon. Nous pensions qu'aucun allemand n'aurait osé s'attaquer à Monsieur Simon. Nous le respections et les allemands devaient le respecter aussi !

Le matin, nous arrivions seuls. A cette époque il y avait du danger, il y avait des allemands partout, mais les parents nous laissaient aller seuls à lécole. Par prudence nous descendions par la rue des Morts que les allemands ne fréquentaient pas.



L'école des frères était une très grande école. Il y avait une école normale, un juvénat (je pense qu'un juvénat est une couveuse à petits frères), une section moderne et un pensionnat. Les instituteurs de la province de luxembourg étaient presque tous des anciens de l'institut. Il y avait donc un vrai réseau d'anciens.

C'était la guerre et les frères étaient des résistants. Pas de ceux qui tiraient des coups de feux en l'air quand les allemands étaient loin, mais de ceux qui aidaient les personnes qui avaient des difficultés avec l'occupant.

Je me souviens du jour où les allemands avaient décidé de faire de nous de vrais boches. Ils venaient nous donner des cours d'allemand à l'école. Je faisais volontairement des fautes, et je me rendais compte que derrière l'allemand, le frère Humilis m'encourageait comme on fait au foot.

Le frére Charles, qui enseignait la musique, est venu en classe, disant qu'il ne savait pas quand, mais que les anglais viendraient comme en 14-18 nous libérer un jour. Ils nous disait aussi que les anglais ne parlaient ni le français, ni l'allemand ni le luxembourgeois. Aussi nous disait-il "je vais vous appprendre des chants anglais pour que vous puissiez fêter leur arrivée...". Nous étions en 43 et Arlon était une ville de garnison, pleine de boches.

Je me souviens de certains de ces chants, il y avait l'hymne national anglais "Dieu sauve notre roi...", la "brabançonne", "It's a long way to Tipperary" , "Nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried" et la marche des chasseurs ardennais. Pour chaque chant, le texte était un mélange d'anglais et de français qui nous permettait de bien mémoriser et au frère Charles de nous expliquer le contenu. Nous ramenions les partitions à la maison.

A postériori, je trouve que ces frères étaient courageux, il y aurait pu y avoir des fils de collabos parmi les élèves. Il est bon pour l'éducation des enfants de voir des adultes qui n'ont pas peur du danger. En effet, le frère Charles ne faisait pas cela dans un coin avec quelques initiés, il venait en classe et procédait devant l'instituteur et tous les élèves de la classe. Je me demande même si le professeur de boche n'était pas dans l'école.

Un jour, à Cochabamba, en Bolivie, un professeur de L'ULB m'a dit que son cousin, un mariste français, le frère Adolphe était à 'école des frères d'Athus. Il m'apprit que pendant la guerre, le frère Adolphe faisait de la résistance et passait des prisonniers en France avec une vielle traction Citroën. Il y avait sans doute une sorte de réseau entre les couvents des frères maristes belges et français.

Le frère Adolphe jouait du cor de chasse dans les champs sur la côte d'Aubange. Il a fait de la résistance avec mes oncles.


Parmi mes camarades de classe il y avait des grands et des petits, leurs cheveux étaient blonds, roux ou noirs, bouclés ou non. Leurs yeux étaient bleus, verts ou bruns. Beaucoup portaient des noms typiquement allemands tels que Auspert, Waltener, Everling, Karlshausen, Mulhausen, Mauer, Schmitz, Schmicratz, Reuter, Kirsch, Mueller, Birenbaum, Funck etc. Il y avait des noms de la région tels que Hollenfelz, Barnich. Il y avait des noms à consonnance francophone, tels que Grévisse (Crayfish), Magdonelle (McDonald) et Grimonster (Graymonster) et des noms très francophones tels que Flohimont, Bieuvelet, Labranche ou Jacquemart.

On nous enseignait que nos ancêtres étaient des trévires. Mes ancêtres venaient de Coblence et Heidelberg, des Trévires au sens large. Je n'osais rien dire, un peu honteux de mes origines exotiques, jusqu'au jour où je me suis rendu compte que nos ancêtres à tous n'étaient pas des gaulois, mais des francs. Pire, les gens migraient !

On nous enseignait des stupidités. Il y avait dans les ministères de Bruxelles des fonctionnaires racistes qui mettaient n'importe quoi dans les programmes forçant ainsi nos instituteurs à nous raconter des âneries. On ne nous apprenait pas l'Histoire, mais on nous racontait des histoire. A mon avis, l'histoire est une science un peu comme la météo.

Les bons trévires, ces grands gaulois à la tresse bonde et aux yeux bleus, ressemblent à s'y méprendre aux bons aryens dont parlaient nos voisins. Qui sont ces Belges courageux dont parlait Jules Caesar.

J'ai enseigné au Congo. Un jour un médecin congolais m'a dit que dans son école, en brousse, les pères de Scheut lui avaient appris que ses ancêtres étaient des gaulois blonds aux yeux bleus. Dans un souci d'économie on donnait aux africains les mêmes livres qu'à nous. On leur prenait leur uranium et leur cuivre et en échange on leur refilait nos invendus.

J'ai retenu le nom de tous les instituteurs que j'ai eu. Il y avait dans l'ordre Mr Ledent, le Frère Humilis, Monsieur Belche, Monsieur Claude, Monsieur Cozier et Monsieur Simon.

A partir de Septembre 1946, nous lisions chaque jeudi le journal de Tinitin. Michel Devillers était le fils d'un cordonnier. Il habitait au Botermarh, à coté de ce qui est maintenant le restaurant Knopes. Il lisait aussi Tintin. Nous allions à l'école discutant de la suite du "Secret de l'Espadon" que publiait Edgard Pierre Jacobs dans Tintin chaque semaine. C'était déjà lui qui publiait de rayon U dans "Bravo".

Monsieur Claude venait chaque matin de Barnich. Cet instituteur était le parrain et l'oncle d'Yvan Claude, un copain de classe qui habitait au Botermahr, presqu'à côté de chez Devillers. Sa mère y tenait une épicerie et son père était le facteur du quartier.

Ma soeur avait contracté la varicelle. Les parents d'Yvan lui avait interdit de me fréquenter. Yvan m'attendait donc chaque matin au bas de la rue des Capucins, parce qu'il voulait attrapper la varicelle et avoir deux semaines de congé. Malheureusement, il résista au virus, moi aussi d'ailleurs.

J'étais enfant de choeur à Saint Donat. Je devais donc quitter l'école pour les enterrements ou les mariages (on avait classe le samedi). Nous allions au cimetière en procession et donc à pied. Les enfants de choeur et le prêtre suivaient l'agent de police qui précédait le cortège. Derrière l'agent, un enfant de choeur portait une lourde croix.
Venait, derrière le prêtre, le corbillard qui transportait le mort et les croque-morts. A cette époque, Waltener s'occupait des Pompes Funèbres. La famille en noir suivait le corbillard avec les amis et les voisins. A Arlon, il y avait du monde pour les enterrements. Il y avait deux cimetières, celui de la ville et celui de Frassem. Le moins éloigné était celui de la ville.

Saint Donat est loin du cimetière d'Arlon. Parfois nous allions au cimetière de Frassem ! En hiver, il faisait froid. Une fois les bénédictions terminées, nous remontions avec le curé et nos outils dans le corbillard. Nous étions derrière, sur les rails qui servaient à faire glisser le cercueil et à le maintenir en place.

Les enterrements étaient des évènements tristes pour plusieurs raisons. Nous connaissions toutes les familles et nous partagions leur tristesse, je veux dire par là que nous pleurions beaucoup et sincèrement dans le choeur. L'autre raison est que les gens tristes ne donnent pas beaucoup de pourboires...

Les mariages étaient plus gais. D'abord ils se passaient souvent au printemps, et ensuite nous recevions des pourboires dignes. Les vicaire réservaient les mariages aux enfants de choeur de l'orphelinat.

A Arlon il y avait des processions. J'ai oublié les occasions de ces processions. Quoiqu'il en soit, les enfants de choeurs étaient autour des prêtres. Mais, les écoles devaient aussi participer à la procession. L'école des frère avait une fanfare complète, dirigée par l'éternel frère Charles. L'école avec sa fanfare participait à la procession. La fanfare de la ville et de l'armée y participaient aussi.





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