Pour faire la cuisine, nos mères
avaient des cahiers de recettes, une partie du cahier était
calligaphiée à la plume "Ballon", l'autre
était faites collage de recettes découpées
dans "L'Avenir du Luxembourg" ou dans "La Meuse",
les journeaux lus à Alron. Dans ma famille on lisait la
"Libre Belgique" et "Métropole" en
plus de l'"Avenir". On mangeait à plusieurs
râtelier ! Certaines mères avaient même des
livres de recettes !
Le dimanche, on mangeait du roti de porc cuit à la casserole
avec de la margarine "Solo", une échalotte,
une feuille de laurier et un peu de thym (30 minutes de cuisson
par livre).
Pendant la cuisson, on écoutait de la musique classique
retransmise par les studio de l'INR à la place Flagey
à Bruxelles. Le poste de TSF était à la
place d'honneur au salon. Les gens disaient que la TSF détraquait
le temps et que c'est pour cela qu'il pleuvait ! Je me demande
si les écologistes actuels ne sont pas les descendants
de ces gens-là.
La casserole était une de ces casseroles en fonte noire,
avec un couvercle émaillé bleu. On servait ce roti
avec des patates à l'eau farineuses, qui absorbaient la
sauce (faite avec un peu d'eau que l'on ajoutait en fin de cuisson).
Maintenant on dépense ses sous en bouffant des trucs chers
et gras chez McDonald ou au Pizza Hut: les arlonnais deviennent
obèses et l'obésité ça coûte
cher à l'INAMI !
Le dessert était un délicieux Saint-Honoré
que l'on achetait le dimanche matin, après la Grand Messe,
chez Beicht, au Botermart, à côté de chez
Santiquian. Beicht était à mon avis le meilleur
pâtissier d'Arlon. Maintenant j'achète la pâtisserie
chez Namur à Luxembourg.
Nous étions six et il fallait donc acheter le samedi un
kilo de roti de porc. Nous allions dans une des boucheries de
la ville. Ma mère demandait 750 de roti de porc. Le boucher
disait "il y a un peu plus, un kilo". "Laissez-le
disait ma mère". Tout le mone était heureux,
ma mère avait son kilo et le boucher croyait avoir fait
une bonne affaire.
Il fallait acheter sa viande tous les
jours, car les gens n'avaient pas de frigo; ils avaient un garde-manger
à la cave. Il y avait beaucoup de boucheries à
Arlon. A moins de deux cente mètres de chez nous il y
en avait cinq !
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Les boucheries d'alors avaient
une décoration commune. Il y avait un rail en inoxydable
avec des crochets desquels pendaient des caracasses. Il y avait
la porte en bois qui s'ouvraiit sur la chambre froide. Il y avait
ce meuble en bois sur lequel officiait le boucher. Il y avait
aussi cette balance émaillée "Berckel"
à coté de la machine a faire des tranches. Il y
avait enfin ce rouleau de papier de boucherie rose, sur lequel
le boucher prélevait le papier avec lequel il emballait
votre viande. On vendait ce papier au prix de la viande !
Le boucher était ce gros bohomme jovial avec un tablié
blanc maculé de sang, ce bonhomme au petit bérêt
en toile blanche. Pour un oui ou un non, il aiguisait ces couteaus
avec une pierre munie d'un manche. Il aimait couper à
la hache les morceaux récalcitrants.
Dans la Grand'Rue y avait Wernimont à côté
de chez Firmin Bernard, vous vous souvenez, Cette boucherie dans
la vitrine de laquelle il y avait une tête de veau avec
un citron dans la bouche et du persil derrière les oreilles.
Nous ne sommes jamais allé chez lui.
Il y avait Wagner. Wagner faisait un délicieux saussisson
et du jambon fumé cuit. C'est le boucher que je préfèrais,
J'utlise l'imparfait, parce qu'il n'y a plus de Boucherie - là.
Quand nous étions pressés, nous allions chez Guirsch,
au marché aux légumes.
A cette époque, lorsque l'on parlait des congolais, on
disait "les indigènes". Or, certaines boucheries
vendaient de la "viande indigène". Vous comprenez
mes crainte quand ma mère rentrait dans une de ces boucheries
! Elle m'expliqua quand même ce qu'indigéne voulait
dire.
Il y avait aussi Schandler à la rue Ermesinde et Aloys
dans la Rue de la Porte Neuve. Wernimont, Schandler, Wagner,
Aloys et Guirsh ont disparu. Maintenant les gens vont au Supermarché
acheter du "Blanc-bleu-Belge", une vainde que je n'aime
pas: elle est pleine d'eau et n'a pas de goût. On met un
grand steack dans la pêole et il rétrécit,
il devient tout petit. Il y a tellement d'eau qu'on arrive pas
à le griller.
Arlonnais, achetez du beuf "Rousillon", vous savez,
ces petites vaches rousses qu'on voit au Grand- duché.
La viande de ces bêtes là est plus savoureuses.
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