Les petits commerces

connaissez-vous Jean Luc Fonck ?

Il n'y avait pas de supermarché, ni de frigo. On achetait au jour le jour chez les petits commerçants. C'était plus personnel.
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Tout le monde ne connait pas la RTBF, cet émetteur de publicité très culturel ...

A la RTBF on peut entendre le jeu des dictionnaires présenté par Jacques Mercier et ses successeurs. Un jour que je venais d'allumer mon récepteur j'entendis qu'une dame allait interviewer Jean-Luc Fonck. Grâce au jeu des dictionnaire, je connaissais l'homme et quelque part je voulais en savoir plus sur lui, j'aimais son humour. J'ai eu raison de suivre cet interview !

Jean Luc Fonck est arlonnais. Ses parents étaient boulangers à Arlon. Il n'aimait pas Noél: son père faisait alors des bûches. La famille devait manger les invendus durant des semaines !

Je trouvais qu'il y avait là, un peu de l'esprit des commerçants du terroir dans cet acte. On ne jetait rien et on "bouffait" les invendus en famille (chez nous c'était des aliments pour bestiaux !). Pendant la guerre, nous avons mangé du pain rose, fait avec un surplus de blé coloré en rouge avant la guerre pour le réserver aux poules ! Quel est le salaud qui avait fait colorer en rouge les surplus de blé ? Quel était ce colorant, était-il cancerigène. Les poules le stockaient peut-être, et nous mangions les oeufs et les poules... On devrait l'attaquer, lui ou ses héritiers, les condamner à nettoyer les crottes de chiens sur les trottoirs de Wavre (c'est peut-être trop vache!).

Jean-Luc Fock a dit ensuite qu'il allait à l'école par une rue qu'on appelait "la rue des morts". Non, pas les morts tués par le blé rose. Seuls les arlonnais de souche appellent la rue Nicolas Berger la "rue des morts". Jean Luc Fonck a donc été à l'école des frères. C'est la seule école où mène cette rue. Il a peut-être eu les mêmes instituteurs que moi. Ses parents l'ont mis en pension à Bruxelles, sans doute parce que lui aussi avait besoin de discipline.



Je croyais connaitre toutes les boulangeries d'Arlon mais voila, je ne les connaissais pas toutes ...Je suis donc allé à Arlon et j'ai demandé où officiaient les Foncks.

A Arlon, personne ne connait l'existence de Jean Luc Fonck, sauf ce coiffeur de Réhon (Meurthe et Moselle), qui tond à l'Avenue Godefroid Kurth. Les autres arlonnais, l'air surpris me disaient: "Fonck, vous êtes sûr que c'est Fonck que vous cherchez... Il y a bien une brasserie Henri Fonck... mais c'est à Luxembourg..."

Parmi ceux que j'ai ainsi interrogé, il y en a qui doivent avoir l'âge de Fonck, de ceux qui ont peut-être été avec lui à l'école.

"Non Monsieur, je ne le connais pas !"

Leur mine étonnée me rappelait la manière dont les arlonnais répondaient aux boches pendant la guerre:

"Des résistants à Arlon, vous soulez rire ! Qui vous a dit cela Monsieur ?"
C'était la loi du silence !

Ou bien "le" Jean Luc avait franchi des limites que l'arlonnais moyen ne franchit pas, ou alors ses parents ont franchi ces limites... On pouvait aussi cacher certaines choses pour protèger ses parents. Bref, il y a quelque chose à trouver...

Il ne s"appelle peut-être pas Fonck, mais Mulhausen, Reding, Simonis, Auspert, Ney... un nom de pâtissier plus vénérable.

Ce n'était pas Beicht, parce que je connaissais Beicht. Je pense qu'il habitait au bas de la rue Ermesinde ...


Dans le fond et si on lisait ceci:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Fonck
Je pense que la maison verte à droite est la boulangerie Fonck, au pied de la rue Ermesinde.



Mon grand oncle était mon parrain; il s'appelait Eugène Herweg (avec un w). Il avait une boulangerie pätisserie à la Grand'Rue; elle s'appela d'abord au grand Saint Nicolas, puis elle fut reprise par Pomba. Maintenant elle a encore été reprise, mais cela reste une pätisserie.

Mon parrain avait appris son métier à Paris. Les mauvaises langues, et il y en avaient beaucoup à Arlon; les mauvaises langues donc disaient qu'il sortait beaucoup et buvait plus que ce qui était toléré. Or, à Arlon, les limites du tolérable étaient et sont assez élevées !


Le grand tonton était très courageux, et même s'il rentrait tôt le matin il fabriquait son pain et parfois même du pain aux raisins. Le pain aux raisins a toujours fait bavarder les arlonnais. Je ne donnerais pas la recette, c'est un secret de famille.

Il ne faisait du pain au raisin qu'après les grandes Bibitives. Le grand Tonton a terminé sa vie au début des années cinquante. Il vivait alors dans un appartement au dessus de la boucherie Guirsh.

Je l'ai vu une fois dans ma vie, lors de ma communion "privée". Il est enterré à Frassem dans la tombe familiale?


 

Pour faire la cuisine, nos mères avaient des cahiers de recettes, une partie du cahier était calligaphiée à la plume "Ballon", l'autre était faites collage de recettes découpées dans "L'Avenir du Luxembourg" ou dans "La Meuse", les journeaux lus à Alron. Dans ma famille on lisait la "Libre Belgique" et "Métropole" en plus de l'"Avenir". On mangeait à plusieurs râtelier ! Certaines mères avaient même des livres de recettes !

Le dimanche, on mangeait du roti de porc cuit à la casserole avec de la margarine "Solo", une échalotte, une feuille de laurier et un peu de thym (30 minutes de cuisson par livre).

Pendant la cuisson, on écoutait de la musique classique retransmise par les studio de l'INR à la place Flagey à Bruxelles. Le poste de TSF était à la place d'honneur au salon. Les gens disaient que la TSF détraquait le temps et que c'est pour cela qu'il pleuvait ! Je me demande si les écologistes actuels ne sont pas les descendants de ces gens-là.

La casserole était une de ces casseroles en fonte noire, avec un couvercle émaillé bleu. On servait ce roti avec des patates à l'eau farineuses, qui absorbaient la sauce (faite avec un peu d'eau que l'on ajoutait en fin de cuisson). Maintenant on dépense ses sous en bouffant des trucs chers et gras chez McDonald ou au Pizza Hut: les arlonnais deviennent obèses et l'obésité ça coûte cher à l'INAMI !

Le dessert était un délicieux Saint-Honoré que l'on achetait le dimanche matin, après la Grand Messe, chez Beicht, au Botermart, à côté de chez Santiquian. Beicht était à mon avis le meilleur pâtissier d'Arlon. Maintenant j'achète la pâtisserie chez Namur à Luxembourg.

Nous étions six et il fallait donc acheter le samedi un kilo de roti de porc. Nous allions dans une des boucheries de la ville. Ma mère demandait 750 de roti de porc. Le boucher disait "il y a un peu plus, un kilo". "Laissez-le disait ma mère". Tout le mone était heureux, ma mère avait son kilo et le boucher croyait avoir fait une bonne affaire.

Il fallait acheter sa viande tous les jours, car les gens n'avaient pas de frigo; ils avaient un garde-manger à la cave. Il y avait beaucoup de boucheries à Arlon. A moins de deux cente mètres de chez nous il y en avait cinq !

Les boucheries d'alors avaient une décoration commune. Il y avait un rail en inoxydable avec des crochets desquels pendaient des caracasses. Il y avait la porte en bois qui s'ouvraiit sur la chambre froide. Il y avait ce meuble en bois sur lequel officiait le boucher. Il y avait aussi cette balance émaillée "Berckel" à coté de la machine a faire des tranches. Il y avait enfin ce rouleau de papier de boucherie rose, sur lequel le boucher prélevait le papier avec lequel il emballait votre viande. On vendait ce papier au prix de la viande !

Le boucher était ce gros bohomme jovial avec un tablié blanc maculé de sang, ce bonhomme au petit bérêt en toile blanche. Pour un oui ou un non, il aiguisait ces couteaus avec une pierre munie d'un manche. Il aimait couper à la hache les morceaux récalcitrants.

Dans la Grand'Rue y avait Wernimont à côté de chez Firmin Bernard, vous vous souvenez, Cette boucherie dans la vitrine de laquelle il y avait une tête de veau avec un citron dans la bouche et du persil derrière les oreilles. Nous ne sommes jamais allé chez lui.

Il y avait Wagner. Wagner faisait un délicieux saussisson et du jambon fumé cuit. C'est le boucher que je préfèrais, J'utlise l'imparfait, parce qu'il n'y a plus de Boucherie - là. Quand nous étions pressés, nous allions chez Guirsch, au marché aux légumes.

A cette époque, lorsque l'on parlait des congolais, on disait "les indigènes". Or, certaines boucheries vendaient de la "viande indigène". Vous comprenez mes crainte quand ma mère rentrait dans une de ces boucheries ! Elle m'expliqua quand même ce qu'indigéne voulait dire.

Il y avait aussi Schandler à la rue Ermesinde et Aloys dans la Rue de la Porte Neuve. Wernimont, Schandler, Wagner, Aloys et Guirsh ont disparu. Maintenant les gens vont au Supermarché acheter du "Blanc-bleu-Belge", une vainde que je n'aime pas: elle est pleine d'eau et n'a pas de goût. On met un grand steack dans la pêole et il rétrécit, il devient tout petit. Il y a tellement d'eau qu'on arrive pas à le griller.

Arlonnais, achetez du beuf "Rousillon", vous savez, ces petites vaches rousses qu'on voit au Grand- duché. La viande de ces bêtes là est plus savoureuses.


Hier je suis allé au Supermarché. C'était une grande première. En plus des tomates parfaites, rouge et sans goût (à mon avis) de la marque Flandria, il y avait des tomates marocaines, moins belles, plus jaune et coyez-moi plus savoureuses. Je n'ai pas accès à la direction de l'établissement, mais j'ai demandé à l'étalagiste comment on faisait dans un pays sans soleil pour avoir des tomates si rouges (nous sommes en décembre). Elle m'expliqua qu'actuellement on produisait les tomates en serres. Mais dans ma serre, les tomates restent vertes. Les serres n'expliquait donc pas le rouge. A San Francisco j'ai vu ces même tomates parfaites et sans goût. On fait la même chose avec les fraises !

Quand j'étais gosse, on achetait les légumes et les fruits de saison. Si en décembre vous demandiez à Firmin Bernard s'il avait des tomates, il vous regardait méchamment en disant que ce n'était pas la saison. Hors saison, il avait des légumes et des fruits en boïtes et il vous disait qu'il y avait moins de vitamines.

On achetait fuits et légumes au marché chez nos jardiniers (à Arlon on ne disait pas maraïchers). Comme nous n'avions pas de frigo, on les consommait rapidement. Lorsqu'on avait besoin de légumes les autres jours de la semaine, on allait chez Firmin Bernard, chez Delhaize, chez Taziaux et chez Kraft (Dans mon quartier). On disait à l'épicerie, car ils avaient quelques conserves et du café.

Mais il y avait de véritables épiciers. Sur ce qui est maintenant la place Hollenfelz, il y avait "Klein-Brücher". La on pouvait acheter du sucre, de la farine, de la michtrolle (sirop de Liège), du café, du chocolat et des biscuits. On pouvait y achet dautres choses encore, mais j'ai oublié ... Mais oui, du chocolat avec des images à collectionner ! Maintenant le bon chocolat belge est devenu "Philip Morris" et je rate mes gâteaux au chocolat et je ne suis pas le seul.







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